Le texte du lecteur - colloque international
   
  Colloque "Le texte du lecteur"
  RANNOU
 

Le texte du lecteur de poésie : du texte au souffle

 

 

 

Les théories de la réception ont alimenté le questionnement didactique et permis d’accorder au lecteur une responsabilité de sujet dans la réalisation du sens, d’un sens, de l’œuvre littéraire. Un des facteurs de cette opération de signifiance dépend de la « programmation textuelle », mais un autre, non moins déterminant, résulte de l’investissement créatif du lecteur. Cette actualisation qui s’opère sur les plans référentiels, émotionnels et pragmatiques recourt au double fonds, individuel et collectif, sur lequel s’appuient l’expérience et l’imaginaire du lecteur.

 

Face à sa classe, l’enseignant se trouve ainsi chargé de stimuler des ressources individuelles et collectives présentes en chaque élève. Il lui incombe de décloisonner en chacun la programmation textuelle et la reconfiguration stéréotypée en fonction des communautés auxquelles appartient le lecteur d’une part, et le vécu intime qui fait de la lecture une expérience singulière d’autre part. On peut appeler dans un premier temps « texte du lecteur » la synthèse résultant de ces trois sources (textuelle, communautaire et individuelle).

 

Le texte du « lecteur modèle » compris comme  réalisation de la lecture programmée par l’œuvre est désormais connu. Le conditionnement communautaire de la réception doit encore être pris en compte. Reste alors à comprendre le processus irréductiblement singulier de la lecture comme événement et avènement, qui résiste à l’analyse, peut-être parce qu’il s’agirait d’un non-objet théorique, ou alors parce que nous manquons d’outils et de traces pour l’observer.

 

L’objectif de cette communication est donc d’examiner quels processus s’engagent en cours de lecture. On s’en tiendra à la lecture de poésie car celle-ci requiert spontanément une lecture littéraire : l’écran référentiel est moins déterminant, et  les stratégies de signifiance d’origine individuelle sont plus particulièrement sollicitées que pour d’autres genres. De plus, c’est en poésie qu’une sorte de consensus critique abandonne volontiers la notion de « contresens » qui est étrangère à cette recherche.

 

La méthode de recueil de données employée est le questionnaire dirigé comparé. Un ensemble de lycéens français retracent les effets que produit en eux la lecture silencieuse et solitaire d’un des deux poèmes de Cendrars ou Mallarmé retenu au choix de chacun. Les questions posées visent à diagnostiquer les interférences qui s’opèrent pour chaque lecteur entre la référentialité du texte, les connotations stéréotypées reconstituées et les évocations personnelles qu’il provoque. Le constat de tendances plus visuelles ou auditives, tendues vers la cohérence ou la dispersion, l’ancrage analogique ou l’accès spontané au métaniveau de la lecture font partie des critères observables au vu des résultats. Cet examen conçu dans un horizon phénoménologique remet partiellement en cause la métaphore de « texte du lecteur ». Le propre de la lecture n’est-il pas précisément de lever du texte ce qu’elle sécrète et qui l’excède : du mouvement, de la voix, du tremblement ?

 

L’hypothèse qui préside à cette recherche est que lire un poème exige une activité d’investissement comparable à celle de la création. Cette étude de cas devrait permettre, au moins partiellement, de confirmer ou de remette en cause cette intuition.

 
   
 
=> Veux-tu aussi créer une site gratuit ? Alors clique ici ! <=