Le texte du lecteur - colloque international
   
  Colloque "Le texte du lecteur"
  HENCHI
 

Résistance du texte, résistance au texte – Une expérience de lecture

Me situant dans une perspective essentiellement didactique, je me propose d’interroger l’expérience que nous avons menée avec des étudiants de 1ère année français (Université de Sfax - Tunisie), sur le recueil de Paul Valéry Album de vers anciens.

Enseignants et étudiants, nous avons certes, chacun de son côté_ ou « parfois » ensemble_ tenté d’écrire des textes de lecteurs inspirés[1]. Néanmoins, nos expériences ont divergé : enseignants, nous étions trop enfermés dans nos lectures pour permettre de voir dans Le bois amical, par exemple, un cadre romantique. Etudiants, ils ont manifesté leur malaise face à une poésie écrite dans une langue qu’ils approchent non sans difficultés.

Séduits par leur crainte, nous leur avons vite appris à « tricher » ! Ne leur avons-nous pas offert des clefs pour pénétrer l’univers d’une poésie qui résiste à toute entreprise de « domestication » ?  Ne leur avons-nous pas conseillé de fouiller dans les écrits de Valéry et dans ceux des critiques pour « comprendre » des poèmes de jeunesse et partant vivre dans la concrétude des images qu’ils recèlent ? Dans ce rôle de serruriers, n’avons-nous pas donné raison à Valéry qui refusait que des enseignants «  dispens(e nt) ce qu’ils n’ont pas, (qu’) ils y mettent souvent toute leur intelligence et tout leur zèle» [2] ?   

Avons-nous réussi à faire de la résistance au texte _ et du texte_ le moment d’une émergence de textes singuliers dont la portée est principalement ontologique ? Avons-nous impliqué nos étudiants dans cette lecture jouissive dont on ne sortirait pas normalement « indemne » ?

Et nous-mêmes, quelles parts de nous avons-nous laissé résonner en nous ? Etions- nous suffisamment impliqués pour « oser » porter un regard différent sur la poésie de Valéry ?



[1] L’expression est de Valéry qui écrit dans Oeuvres1 p1321 : « Un poète - ne soyez pas choqué de mon propos - n’a pas pour fonction de ressentir l’état poétique : ceci est une affaire privée. Il a pour fonction de le créer chez les autres. On reconnaît le poète - ou du moins chacun reconnaît le sien - à ce simple fait qu’il change le lecteur en « inspiré ».

[2] Oeuvres1, p.1283

 
   
 
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