Le texte du lecteur - colloque international
   
  Colloque "Le texte du lecteur"
  CHELLY
 

Virgile dans Virgile  - Le cas de Giono lecteur- écrivain

Les grands écrivains sont presque toujours de grands lecteurs. C’est ainsi que lecture et création, loin d’être deux activités séparées, s’interpénètrent constamment pour donner des œuvres subjectives. Car, comme l’écrit Giono dans Virgile (1943), « les œuvres, quelles qu’elles sont, ont purement et simplement des noms d’hommes pour titre. Il n’y a pas d’œuvres objectives » (III, 1034).

 À la lumière de ce que nous venons de dire,  nous pensons à Jean Giono et à son activité de lecteur des textes de Virgile. Nous allons prendre cet écrivain comme lecteur empirique capable d’accomplir ce que Umberto Eco appelle une « coopération textuelle ». En effet, dans Virgile, (texte publié dans la collection de la Pléiade, volume III), Giono s’est d’abord fixé le projet d’écrire une « Préface » aux Pages immortelles de Virgile en réponse à la demande des éditions Corrêa. Très vite, le texte glisse de la biographie à l’autobiographie. Il passe du récit de la vie du poète latin à celui de la propre vie de l’écrivain. Dans cet itinéraire lectoral, s’effectue une mise en abîme de deux vies, celle de Virgile poète- écrivain, contenue dans celle de Giono, lecteur- écrivain.

Ce lecteur, doté d’une imagination transformante et de facultés interprétatives, intelligent et sensuel de surcroît, s’ajoute aux textes de départ, les actualise et les dote d’un arrière-fond référentiel, non pour les dénaturer ou les déformer, mais pour les féconder consciemment de sa subjectivité. Dans son texte d’écrivain, Virgile, Giono transpose, de par le thème et le style, le monde virtuel qu’il rencontre dans ses lectures. C’est ainsi que le référent, « avant- texte » et « hyper- texte » à la fois, se féconde. Les premiers textes de référence ou « textes d’auteur » deviennent pour ainsi dire des « textes du lecteur ». Paul Ricœur précise à ce sujet que « c’est en effet par la médiation de la lecture que l’œuvre littéraire obtient la signification complète ». Chez Giono, cette expérience de reconfiguration cristallise le désir de Giono de « faire le portrait de l’artiste par lui-même ».

L’écriture, tout comme la lecture, est donc en rapport avec le sujet. Le sujet écrivant est en même temps matière et artisan de son écriture. D’ailleurs, toute l’œuvre de Giono est à lire en fonction du « moi » créateur, un « moi » qui libère l’écrivain des contraintes rigides d’un genre particulier. Mais l’on peut se demander pourquoi l’œuvre de Virgile affecte plus particulièrement Giono. La liberté apparente dans la lecture ne recèle-t-elle pas des enjeux historiques ?

 

Le cas de Giono lecteur de Virgile, va donc nous permettre de réfléchir sur les relations établies entre le travail de lecture et l’activité du lecteur dans l’actualisation et la reconfiguration des œuvres littéraires. Le point sera mis sur la lecture en tant que rencontre entre le texte et son lecteur, un lecteur libre à l’égard de ce qu’il lit, un lecteur capable de dépasser la fiction pour atteindre la réalité et en l’occurrence sa réalité. La vraie lecture sera donc celle qui invite le sujet lecteur à une rencontre avec soi, car l’important ce n’est pas ce qu’on y trouve, mais qu’on s’y trouve.


 

 
   
 
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